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"Un village inconfortable
sans particularité architecturale"


(« Qui veut noyer son chien l'accuse de la rage »)

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"Un village inconfortable sans particularité architecturale" : c'est en ces termes peu flatteurs qu'EDF décrivait Les Salles-sur-Verdon, pour justifier sa destruction et sa disparition sous les eaux du lac de Sainte-Croix.

Comme l'a souligné Arinna Latz ("Il était une fois un village", Éditions de l'Université de Bruxelles, 1979), le rapport d'EDF avait pour but de dénigrer toute valeur à la vallée qu'il s'agissait de faire disparaître sous les eaux, à la manière du proverbe « qui veut noyer son chien l'accuse de la rage ».


"Un village inconfortable"... ???


Dès son élection en 1959, et avant que l'épée de Damoclès du barrage ne tombe sur la tête des Sallois en 1962, le maire Jean Gombert avait entrepris de doter le village d'un réseau de tout-à-l'égout disponible dans tout le village, depuis la plus haute maison sur la route d'Aiguines jusqu'à la plus basse maison du village au bord du canal.

La construction du tout-à-l'égout sur la place
Au début des années 1960, devant l'épicerie de Rose Rouvier sur la place : sous le coq du clocher tout neuf, la construction du tout-à-l'égout.


SI VOUS AVEZ
DES INFORMATIONS SUR
CE CHANTIER GIGANTESQUE,




A l'extrémité droite de l'image,
on reconnaît le boulanger Maxime Taxil, de dos, une panière en osier dans la main droite : nul doute qu'il se rendait au four.

Alors que certaines agglomérations de la côte ne disposaient pas encore du tout-à-l'égout, on en profitait déjà dans l'ancien village des Salles‑sur‑Verdon.

- Eau de source au robinet,
- assainissement par tout-à-l'égout,
- électricité dans toutes les habitations, granges et bergeries, depuis une trentaine d'années...

...mais qu'est-ce qui faisait donc de cet endroit "un village inconfortable" ???
🤔


Mais bien sûr : aux Salles-sur-Verdon dans les années 1960, on n'avait pas la fibre pour surfer sur le net !
😂

A l'heure où les canicules s'emballent en été, bien des Sallois profitaient en outre d'un confort inattendu : dans leurs maisons en pierres, dont certaines possédaient des caves profondes, ils avaient en été une fraîcheur qu'on pourrait leur envier, même un demi-siècle plus tard.

Mais les Anciens avaient fait bien mieux que climatiser leurs maisons, sans clim', sans "pompe à chaleur" : ils avaient construit un village "bio-climatique" avant que la notion ne soit inventée.
C'est Arinna Latz qui a remarqué que l'ancien village était remarquablement protégé du mistral, ce vent violent du nord qui glace tous ceux qui ne peuvent pas s'en protéger : la quasi-totalité des rues de l'ancien village étaient en effet orientées Est-Ouest, et faisaient barrage au mistral.

(Si par hasard vous habitez un village neuf dont les rues sont majoritairement orientées Nord-Sud, donc exposées au mistral...)
😉

Sur les côtés Sud de l'ancien village, des arbres centenaires apportaient ombre et fraîcheur en été : des marronniers sur la route de Bauduen et la route d'Aups, essentiellement des peupliers au bord du Riou. Autour de la place, c'étaient des ormes et des micocouliers qui fournissaient confort et fraîcheur en plein soleil.

Les Salles-sur-Verdon, l'ancien village vu des pentes de Costebelle

Ci-dessus et ci-contre, au premier plan, les arbres qui bordaient le Riou.
Autour du clocher, on aperçoit les micocouliers centenaires de la place.

Les Salles-sur-Verdon


Des marronniers centenaires au bord de la route de Bauduen, et encore des arbres géants dans le pré de Béranger : dans l'ancien village, les arbres étaient rois.
Ci-dessous, à l'heure où le soleil se couchait sur le plateau :

Les Salles-sur-Verdon, entrée du village route de Bauduen


...hmm, vraiment ? ...inconfortable, l'ancien village ???
🤔



..."sans particularité architecturale" ???


Certes, il n'y avait dans l'ancien village des Salles-sur-Verdon ni château de Versailles, ni palais de l'Elysée.

Les Salles-sur-Verdon (altitude 450 m) était néanmoins le village le plus proche d'un monument inscrit à l'inventaire supplémentaire des monuments historiques : le pont que les anciens appelaient "le pont romain" (altitude 452 m).

Lorsqu'on prend connaissance de la réponse qui a été faite à André Malraux (Ministre de la Culture du Général de Gaulle), qui demandait que l'on prenne en considération "ces vieilles pierres"...
...modèle de mépris et de désinformation pour abandonner le pont romain au fond du lac, comment s'étonner du jugement porté sur les pierres de l'ancien village des Salles-sur-Verdon ?

Les maisons de l'ancien village étaient presque toutes construites en pierres. La plupart des encadrements des portes et des fenêtres étaient en pierre de taille, parfois sculptées.

Ci-contre, la grange de Victor Brunet : une banale grange, dans l'ancien village.

Jugez de l'épaisseur de l'encadrement en pierres massives (rien de miraculeux dans le fait que les Sallois aient vécu dans leurs maisons sans craindre les canicules).
Jugez du boulot pour sculpter de telles pierres, que ce soit l'arrondi de la voûte, que ce soient les feuillures qui garantissaient l'étanchéité de la fermeture.

Le plus étonnant, c'est que la plupart des granges de l'ancien village étaient similaires !
La grange de Victor Brunet

La porte de la maison de Rose Rouvier

La porte de la maison de Rose Rouvier :
un seuil en pierres massives, un encadrement en pierres massives sculptées.

Un grand nombre des maisons du village étaient faites ainsi.


Murs en pierres, climatisation naturelle en plein été !


Les fenêtres aussi !

Des seuils de fenêtres en pierres massives sculptées, des encadrements en pierres massives sculptées : les tailleurs de pierres de l'ancien village avaient fait un boulot de romains.

Ci-contre il s'agit de la maison de Mélanie dans la rue d'Antonin (et Marcelle Gobbi-Reinbolt sur le seuil de la porte). De nombreuses maisons avaient des encadrements de fenêtres semblables.

Dans certains cas, des pierres encore plus massives étaient communes à l'encadrement de la porte et à l'encadrement de la fenêtre adjacente.
Marcelle Gobbi


Ci-dessous, la maison qui était un relais de poste au XIXe siècle : 4 portes cochères, dont 2 énormes permettant aux diligences d'entrer par une porte et de sortir par l'autre (le rez-de-chaussée de la maison étant un tunnel en demi-cercle servant de "parking" fermé pour les diligences).

Le relais de poste

Toute cette maison était en pierres de taille, y compris le balcon, sculpté lui aussi comme les entourages des portes.

Du massif... en pierres...
...et encore des arbres centenaires au 2e plan !



Alors, "un village inconfortable
sans particularité architecturale" ???

L'honnêteté obligerait plutôt à écrire :
un village en pierres de taille
à l'ombre d'arbres centenaires
.


Sans valeur : détruit, rasé, noyé !
😠



Cerise sur le gâteau ?...
...comme les expropriateurs n'avaient pas les moyens financiers de se payer de tels chefs d'oeuvre d'artisanat, « Les maisons du vieux village ont été estimées avec un coefficient de vétusté de 75%, ce qui est injuste... » (d'après François Simian, dans "Monographie des Salles-sur-Verdon").

Est-ce que ceci explique cela ?



Cliquez ici pour les vingt dernières années de l'ancien village des Salles-sur-Verdon.






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