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Comment en est-on arrivé là ?
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(Ci-dessous, il s'agit bien du même endroit que ci-contre :
la place des Salles-sur-Verdon, sept mois plus tôt)
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Dans la suite de cette page, les textes
en italique sont des extraits de "
Monographie des Salles-sur-Verdon",
racontée par M. Simian François, ex-instituteur à
l'Ecole Communale des Salles-sur-Verdon.
Début du XXe siècle : "l'épée de Damoclès".
A l'époque de Georges Clémenceau, on parlait déjà du "barrage des Angles".
Les deux guerres mondiales n'ont fait que retarder le projet, et dès 1946,
le journal "Le Patriote"
titrait : "Si le barrage projeté se réalise,
3.000 hectares
disparaîtraient sous un lac artificiel".
Notez le conditionnel.
« L'idée du barrage n'est pas récente.
Un syndicat de défense fut créé en 1930, il avait à
sa tête M. Remusat ; à l'époque la "Société
Schneider" projetait déjà de construire le barrage.
Celui-ci était pour les Sallois comme une épée de
Damoclès sur leur tête. On y croyait sans y croire et l'on n'osait rien entreprendre.
Malgré tout, la vie continuait. »
Début des années 1960 : "le grand lac".
Tout s'accélère soudainement au début des années 1960.
La croissance économique est florissante, on est au milieu des "trente glorieuses".
Ça y est, c'est pour demain...
Le 31 juillet 1962,
"Le Provençal" titre "Etourdissant succès de la
dernière fête aux Salles-sur-Verdon".
(NDR : la fête des Salles-sur-Verdon a toujours été un étourdissant succès,
M. le journaliste.)
Le 6 septembre 1962,
"Le Méridional" confirme :
"L'été 62 voit les dernières bouillies aux distilleries de lavande des Salles".
Et
le 22 novembre 1962,
"Nice-Matin" résume :
"3.000 hectares de surface couverte, 214 millions de kWh,
3 villages noyés..."
"
3 villages noyés" ???
Exact : ce projet de "grand lac" devait noyer
Les Salles-sur-Verdon et Bauduen, rendre inhabitable le village de Ste-Croix moribond.
Le 11 mai 1965,
"Le Soir" écrit : "Villages engloutis dans le Verdon pour que naisse
le plus grand barrage d'Europe".
S'il faut être noyés, autant l'être en battant un record (humour noir).
« Au début, les Sallois ont manifesté violemment leur opposition en fermant leurs portes
au nez des enquêteurs. Lors d'une réunion présidée par le Préfet, un magnétophone a
été mis en place pour enregistrer les promesses. Malgré cela, EDF envoie aux Salles
un ingénieur, M. Béranger, pour préparer l'implantation du mur. Comme ce dernier
est propriétaire dans la commune, il peut donner des conseils, mais on ne
l'écoutera pas. On met en place un syndicat de défense. On lutte, mais on sait très
bien que le barrage se fera. Il n'est plus question d'être pour ou contre :
l'important est de se grouper pour lutter efficacement contre EDF. »
Jusqu'à la fin des années 1960 : l'union sacrée dans la lutte.
Le 14 octobre 1968,
"Le Provençal" met en exergue l'union, "Le barrage de Fontaine L'Evêque :
Fusion des Syndicats de Défense varois."
Le 15 octobre 1968,
dans "Le Méridional" l'union est à nouveau célébrée
"Le barrage de Sainte-Croix : Les Salles et Bauduen,
« villages condamnés »
unissent leurs moyens de défense contre l'EDF."
En octobre 1968,
"Le Provençal" précise
"Le barrage sur le Verdon :
pas de vente avant les offres écrites d'EDF, décident les futurs expropriés."
Le 4 novembre 1968,
"Le Méridional" spécifie avec humour "L'affaire du barrage EDF de Fontaine l'Evêque :
ambiance électrisée dans le petit village varois."
Le même jour,
"Le Provençal" affirme "
Net durcissement des positions du syndicat de défense des expropriés."
Le 5 novembre 1968,
"Le Petit Varois" explique simplement "Les habitants des Salles répondent à l'EDF :
« d'accord pour discuter mais nous attendons des offres écrites »".
« Le 6 janvier 1967, l'enquête parcellaire est annoncée. A partir de mars 1969,
on creuse un canal de dérivation avec batardeau. Pendant l'enquête parcellaire,
il y a désaccord sur les truffières, celles-ci sont implantées sur des terrains
pauvres (landes). De plus, la truffe est une récolte qui n'est pas déclarée.
Afin d'estimer ces terrains et la récolte, les enquêteurs suivent les propriétaires
pendant celle-ci.
Au départ, l'eau devait monter jusqu'à la côte 500. L'île de Costebelle aurait été
submergée ainsi que les villages de Bauduen et de Sainte-Croix. Il était question
de reconstruire le village sur la commune d'Aiguines. En abaissant la côte à 482,
on a pu l'implanter sur le plateau de Bocouenne, et on a sauvé les villages de
Bauduen et Sainte-Croix mais les Sallois restent seuls pour lutter. »
Il faut être conscient de la situation au début des années 1960, que l'on peut résumer brutalement par...
...VITE, DÉGAGE
DE TON VILLAGE,
J'FAIS MON BARRAGE...
...c'était un énorme lac, sans égards pour les expropriés, sans considération pour le patrimoine noyé.
Il n'avait jamais été dans les plans des expropriateurs de reconstruire le moindre village disparu.
A la côte 500, l'intégralité de la commune des Salles-sur-Verdon disparaissait sous les eaux.
Bonne affaire, car de toute façon les promoteurs du projet n'avaient pas l'intention de le reconstruire.
Officiellement, c'est une raison technique qui a conduit à baisser de 18 mètres la hauteur du lac.
Bonne affaire à nouveau : les villages de Bauduen et Ste-Croix sont sauvés,
l'emprise sur la commune de Moustiers-Ste-Marie est réduite, de belles économies en perspective.
Et les Sallois restent seuls pour lutter. Vraiment un coup de maître.
Il est injuste de dire que les Sallois restent seuls.
Les habitants des fermes isolées de Ste-Croix vont devoir partager leur malheur,
et le propriétaire de Fontaine L'Evêque subira le même sort.
Cependant, le maire des Salles-sur-Verdon, qui avait réussi a fédérer les syndicats de défense des expropriés
de plusieurs communes, va désormais se consacrer à sa propre commune, et se battre pour sa reconstruction.
Ce faisant, de victime expropriée, il devient lui-même expropriateur pour construire le nouveau village.
1970 : discordes et désunion.
« Pour réaliser le lotissement,
il faut exproprier les propriétaires du plateau de Bocouenne.
Ceux-ci sont mécontents d'être expropriés une seconde fois. Il le sont
encore plus lorsqu'ils apprennent le prix fixé par la mairie pour l'évaluation
des terrains. »
Cliquez ici pour voir les réunions
qui ont eu lieu à cette époque.
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17/02/1970 : sur le site du nouveau village, plateau de Bocouenne (ci-dessus MM. Raymond Taxil,
Gaston Bondil, Jean et Victor Gombert, Marie-Jeanne et Jean-Paul Thomas,
Hubert Anot).
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27/04/1970 : création du nouveau syndicat de défense
(ci-dessus MM. Victor Brunet, Raymond Amoulric, Rosé-Marc Signoret,
Jean Amand, Edouard Le Bellegou et Paul Perrier).
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« En mars 1970 commence l'achat des terrains par EDF. Il n'est pas question de
permettre aux enquêteurs de pénétrer dans les maisons. Quand le syndicat permet de
le faire, le mécontentement grandit et un nouveau syndicat voit le jour. Au lieu de
lutter, de se serrer les coudes, les Sallois se sont divisés et cette situation
a grandement facilité la tâche de la "puissante EDF". »
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« Quelques petits propriétaires sont bien heureux de vendre au delà de leurs
espérances une vieille maison ou un petit lopin de terre. Chacun a espoir de
s'en tirer à meilleur compte que le voisin. Certains courtisent même les agents
EDF dans l'espoir de mieux vendre.
Adieu les bonnes résolutions. C'est le
"chacun pour soi".
Très peu de dossiers vont à l'expropriation. »
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« En mars 1971, le maire est battu aux élections municipales par un inconnu qui
n'est pas électeur aux Salles, M. Charles "Rossely de Lorgues", qui se dit
"Comte de Provence". M. Signoret et M. Perrier disent que c'est un homme qui
peut beaucoup apporter aux Salles ».
De 1971 à 1974 : de la désillusion au désespoir...
Le 27 avril 1971,
"Nice-Matin" signale que "Les expropriés des Salles-sur-Verdon demandent audience à M. Giscard d'Estaing."
Le 3 mai 1971,
"Nice-Matin" aborde l'aspect financier : "
Le barrage de Sainte-Croix. Les expropriés sont en colère,
leurs indemnités ne sont que le tiers de celles allouées pour l'autoroute."
« Si EDF reconnaît la reconstruction du village, elle ne prend pas à sa charge
la reconstruction des maisons.
Toujours en 1971, on implante la route d'accès au village et on réalise l'alimentation
en eau. On admet le principe de restitution de 4 litres seconde d'eau brute tirée
dans le barrage, à la commune d'Aiguines contre 2 litres seconde d'eau potable
tirée de la source de "Chardes". »
Le 16 avril 1972,
"Var-Matin République" nous informe d'une nouvelle tentative :
"Le barrage de Sainte-Croix. Le président Pompidou saisi du problème des expropriations."
Le 2 janvier 1973,
"Le Provençal" prophétise "Pour les habitants des Salles-sur-Verdon :
1973, année de l'abandon et du désespoir."
« De mai 1973 à août 1973, tous les résidents secondaires doivent libérer leurs
maisons. Les résidents permanents le feront en janvier 1974. »
En 1973, le village radieux et ombragé du bon vieux temps est devenu un champ de ruines
dans la lumière crue du soleil, à peine tamisée par la poussière du "chantier de démolition".
(Ci-dessus, l'entrée du village par la route d'Aups.
Le relais de poste n'est plus qu'un tas de pierres).
Ci-contre, difficile de se rendre compte qu'il s'agit du MÊME ENDROIT :
des maisons en pierre de taille au milieu d'arbres centenaires.
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« Les maisons du vieux village ont été estimées avec un coefficient de vétusté de 75%,
ce qui est injuste car EDF aurait dû rebâtir les maisons à tous ceux qui ont été
expropriés et qui manifestaient le désir de s'installer au nouveau chef-lieu.
Aussi, c'est dur d'entendre les touristes dire que EDF nous a construit de belles maisons,
que nous n'avons pas perdu au change. »
Entre le très diplomatique
"commandement de déguerpir" (octobre 1973) et
l'agonie de l'ancien village
des Salles-sur-Verdon (printemps 1974), quelques mois bien pénibles se sont écoulés
pour tous ceux qui étaient attachés à leur village.