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'République Le Provençal', mercredi 10 novembre 1971
'République Le Provençal', mercredi 10 novembre 1971

Aux Salles-sur-Verdon, pour "enlever le soleil", M. Jean Thomas utilise une carafe comme on peut en trouver n'importe où.

Il la remplit d'eau bien fraîche. Il pose sur le col un mouchoir plié d'une façon assez particulière (là réside une partie du secret), attache le mouchoir avec un fil, et renverse la carafe sur la tête de la personne qui "a le soleil".

A partir de là, tout est une question de doigté. Il faut promener la carafe lentement sur le crâne du patient, et observer très attentivement en prononçant une formule magique.
Lorsque des bulles montent dans le récipient, c'est que celui-ci se trouve exactement à l'aplomb de l'endroit atteint. En quelques minutes, le malade est soulagé. Il faut cependant deux séances supplémentaires pour qu'il soit tout à fait guéri.
M. Thomas affirme que si aucune bulle ne monte dans la carafe, c'est qu'il a affaire à un simulateur.

Comme ce "truc" demande un certain doigté (en effet si le mouchoir est mal plié l'eau risque de se répandre sur la tête du cobaye), M. Thomas l'a d'abord essayé sur sa femme. Il y a plus de 20 ans de cela. Depuis, il n'a jamais essuyé un seul échec. Devant les résultats qu'il a obtenus, son épouse, qui au début était assez sceptique, est devenue une de ces disciples, à tel point qu'aujourd'hui il lui arrive d'opérer elle-même.

'République Le Provençal', mercredi 10 novembre 1971
M. Jean Thomas :
l'eau de la carafe "pompe" l'insolation.
Avec André Guigues dans le rôle du "cobaye".


(NB : ce qui précède n'est pas la reproduction exacte de l'article de Claude Begue paru dans le journal "République" du 10/11/1971, mais une reconstitution de cet article à partir du texte original. Notez que le vrai prénom de M.Thomas n'est pas "Jean" mais "Jean-Paul".)


Est-ce "du pipeau", comme semble soupçonner le titre narquois de l'article ci-dessus, ou bien est-ce que "ça marche" ?

Témoignage de 1re main : l'auteur de cette page web en a été le témoin, en juillet 1970.

Comme chacun sait, en juillet en Provence, le soleil tape très fort. Et évidemment, dédaignant les conseils avisés de sa "mamie", le jeune ado, qui écrit aujourd'hui cette page, a préféré montrer sa fière chevelure à sa jeune voisine plutôt que porter une casquette en sortant se balader avec elle en plein soleil.

Le résultat a été à la hauteur de la balade : inoubliable. Le soir même (et c'était le premier soir de la fête de la Sainte-Anne, aïe !), céphalée (mal de tête insupportable), photophobie (hypersensibilité à la moindre lumière), misophonie (impossibilité de supporter le moindre son), il a bien fallu se rendre à l'évidence : impossible de se rendre à la fête ce soir... juste capable de se traîner au lit !

Le lendemain, pas mieux : impossible de tenir debout. Ouhhh-lalaaa... c'est la voisine qui a fait la gu..... en subodorant une dérobade pour éviter de l'accompagner au bal. Mais pas du tout, il ne s'agissait pas de cinéma. A tel point que le voisinage a commencé à s'inquiéter de l'absence de ce turbulent ado qui habituellemnt ne passait pas inaperçu. Et Marie-Jeanne Thomas (l'épouse de M.Thomas, objet de l'article du journal ci-dessus) a eu la bonne idée de se proposer « pour voir si par hasard il n'aurait pas pris le soleil », car elle avait, elle aussi, le don de "lever le soleil" comme l'écrit le journaliste dans son article.

Jamais je ne pourrai être assez reconnaissant envers Mme Thomas pour son intervention : dans une léthargie complète, j'ai souvenir d'avoir entendu Mme Thomas dire « on va bien voir s'il a pris le soleil... de toute façon, il est impossible de simuler » (ah ben oui, comme si je faisais exprès d'être une loque, dans le noir de ma chambre, alors qu'il y avait tant à faire dehors !), et après quelques instants, Mme Thomas s'est exclaméé :
« Vé vé vé !!! les bulles ! oh oui, il a sacrément pris le soleil !!! Il a une drôle d'insolation ! ». J'ai oublié le reste de l'intervention, mais après le deuxième passage de Mme Thomas dans ma chambre le lendemain, et quelques bulles supplémentaires, j'étais miraculeusement ressucité !

Au médecin qui m'a examiné après le passage de Mme Thomas (car on n'est jamais trop prudent), j'ai été capable de dire que j'allais beaucoup mieux. J'avais reçu l'injonction de ne pas parler de son intervention (« car les médecins n'aiment pas ça ») et sans doute est-ce la raison de son erreur de diagnostic, puisque Diafoirus m'a interdit de manger des glaces durant quelques jours car j'avais attrapé... une angine.

Le lendemain j'étais capable de quitter ma chambre, et de sortir (en passant à l'ombre !) pour me rendre au domicile de M. Thomas afin de subir l'ultime "séance de bulles" qui a marqué ma guérison définitive.

Dans mon cas, tout s'est passé exactement comme décrit dans l'article du journal reproduit ci-dessus.

Bien avant la fin de mon Doctorat ès Sciences, je savais qu'il n'y avait rien de miraculeux dans cette carafe qui ne se renverse pas... mais pour ce qui est des bulles, rien n'explique leur présence en cas d'insolation, et leur absence en cas de simulation.








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